Toute production ne se justifie que si elle est rentable

Avez-vous entendu parler des maladies dites « orphelines » ? Ce sont des maladies rares qui touchent très peu de personnes. Elles sont pour la plupart extrêmement pénibles, handicapantes, voire fatales. Elles sont identifiées par les symptômes qui les caractérisent, mais le drame est que les traitements sont aussi rares que les maladies. Pourquoi ? Parce que la population qui en souffre ne constitue pas, par son nombre, « un marché » qui justifierait que des laboratoires investissent dans des recherches. Eh oui, que voulez-vous ; les millions d'euros qu'il faudrait mettre sur la table ne pourraient pas être récupérés par la vente des médicaments, trop épisodiquement prescrits, en raison de la rareté de ces maladies. Il faut une consommation de masse (un marché) pour « rentabiliser » l'investissement. Alors Mesdames, Messieurs et petits enfants malades de ces pathologies, « circulez y'a rien à voir &! » comme dirait notre regretté Coluche.

Notre propos, ici, n'est pas de jeter la pierre aux laboratoires. Même s'il y aurait sans doute pas mal à dire sur leur attitude et leur stratégie dans d'autres domaines, sur ce point précis, ils ne font que respecter la règle du jeu de l'économie capitaliste, faute de quoi c'est la faillite qui les guetterait au bout du chemin. La rentabilité est pour l'entreprise privée le « pompon » que l'enfant doit décrocher au manège, s'il veut faire un autre tour. Si l'affaire n'est pas rentable, il faut boucher le trou en remettant de l'argent, ou c'est l'absorption par une autre entreprise plus viable, ou la fermeture des portes. Mais il semble que l'obligation de rentabilité s'étende aussi, et de plus en plus, au secteur public, ce qui, non seulement ne choque presque personne, mais est implicitement ou explicitement demandé. Nos gouvernements, comme nous l'avons rappelé dans le chapitre précédent, aiment à comparer l'Etat à une entreprise et se font un devoir de le gérer comme s'il en était une. Il fut un temps où ce qui comptait, c'était, par exemple, d'assurer la plus large couverture possible de dessertes ferroviaires, afin que les villages les plus reculés restent reliés au monde, ou que les habitants des ces mêmes villages reçoivent leur courrier dans les mêmes conditions que les gens des grandes villes. Mais aujourd'hui on ferme gares, postes, écoles, hôpitaux, parce que maintenir ces structures dans certaines zones peu peuplées n'est pas « rentable » ! Autres temps, autres moeurs, ou plutôt autre idéologie. C'est l'équilibre des comptes qui maintenant prime sur le service au citoyen. Bien sûr, le contexte général est aujourd'hui bien différent de ce qu'il était voilà seulement 50 ans et il est certainement sain de faire évoluer les services publics. Ce que nous regrettons, c'est que le fil conducteur de l'évolution soit « la rentabilité » avant la recherche de la meilleure adéquation des services aux besoins des populations.

 

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