L'Etat doit être géré « en bon père de famille »,
la dette appauvrit la Nation, il faut la rembourser !

Bien, partons de cette affirmation puisqu'elle nous est régulièrement resservie par nos gouvernants politiques. Monsieur Raffarin, par exemple, a déclaré en 2002 : « Moi, j'ai des idées simples. C'est de la bonne gestion de père de famille, c'est cela qu'il faut faire. Je suis tout à fait favorable à ce que nous puissions, très rapidement, réduire les déficits . » Le même genre de discours a été tenu plus récemment par Monsieur Sarkozy, lors de la discussion du budget 2005, avec la même référence à la nécessité de gestion en « bon père de famille ». L'idée que l'on veut faire entrer dans les têtes est que l'Etat vivrait au-dessus de ses moyens, que la dette résulterait d'une augmentation excessive des dépenses publiques (injustifiées), que l'on ne peut pas dépenser plus qu'on ne gagne et qu'ainsi on pénalise l'avenir des générations futures qui devront payer ce que nous avons acheté à crédit ! Comment le citoyen « normal » ne pourrait-il pas être sensible à un discours qui semble relever du plus élémentaire bon sens, lui qui voit surtout l'argent qu'il paie en impôts et taxes diverses, sans jamais vraiment savoir à quoi il est utilisé ? Tout « bon père de famille » sait que s'il s'endette trop il va se trouver confronté à une situation inextricable ; tout bon gestionnaire sait que l'accumulation de dettes obère les résultats de l'entreprise et peut la conduire à la faillite. Le discours à l'évidence est sain et laisse l'impression que nous avons en face de nous des personnes sensées et responsables.

Eh bien, ce discours n'est que de la propagande idéologique qui revêt, comme toute bonne propagande doit le faire, des « habits de moine » pour rendre indiscutable la bonne parole. Il faut toutefois rendre hommage à nos « moines » ; le discours est pédagogique, compréhensible par tous et en apparence inattaquable, car quoi de plus habile que de présenter les choses du point de vue de celui qui les considère ? « Chacun voit midi à sa porte », dit-on, et pour peu qu'on alimente cette propension, c'est gagné ! Alors l'idée fait son chemin, quelle que soit sa sensibilité politique, chacun la revendique comme symbole de responsabilité citoyenne et de vertu politique. N'en déplaise à la pudeur des uns et aux bonnes moeurs des autres, défroquons notre moine

Erratum dans ce chapitre

Page 103 et 104 du livre Philippe Derudder et moi-même présentions le calcul du montant des intérêts cumulés dans " la dette des administrations publiques" en ayant pris pour hypothèse un taux moyen de 5% depuis 1980, et nous étions arrivés à la conclusion suivante: " Ainsi, entre 1980 et 2004, la dette a augmenté de 861 milliards d'euros, lesquels sont répartis en 211 milliards d'euros de nouveau capital emprunté et 650 milliards d'euros d'intérêts (...) Si nous n'avions pas eu à emprunter cette monnaie sur un marché monétaire, la dette cumulée ne serait que d'environ 417 milliards d'euros à fin 2004, au lieu de 1067"

Nous avons affiné ce calcul en appliquant, sur la dette, les taux d'intérêts réels de chaque année depuis 1980

Les prochaines éditions de ce livre seront corrigées, mais en attendant, vous pouvez suivre la démonstration "pas à pas" sur cette page externe démonstration qui aboutit à la conclusion:

«  Ainsi, entre 1980 et 2006, la dette a augmenté de 913 milliards d'euros, alors que nous avons payé 1176 milliards d'euros d'intérêts (...) Si nous n'avions pas eu à emprunter ces 913 milliards d'euros sur les marchés monétaires, c'est-à-dire si nous avions pu créer notre monnaie, faire exactement ce qu'ont le droit de faire les banques privées, la dette qui était de 229 milliards d'euros début 1980 serait totalement remboursée en 2006 grâce aux  263 milliards d'euros économisés et nous disposerions en plus d'un solde de trésorerie positif de 263 - 229 = 34 milliards d'euros. » 

Et...

1176 milliards d'euros d'intérêts payés pendant 27 ans, c'est à peu près 119 millions d'euros par jour (oui, par jour)  que nous payons aux déjà plus riches qui d'ailleurs peuvent ainsi nous les reprêter à nouveau contre intérêt..

Et ces 43 milliards par an, sont l'équivalent de 240 airbus A350, ou de 3 portes-avions "Charles de Gaulle", ou de 40 000 belles villas sur la Côte d'Azur, ou de l'isolation (en comptant 10 000 euros par foyer) de 4 270 000 logements, ou un salaire net de 18000 euros annuel, salaire médian en France, à 2 380 000 personnes ... mais vous pouvez trouver d'autres exemples!

Le recours à l'emprunt par l'État, qui pouvait se concevoir lorsque la monnaie était représentative d'une certaine quantité de métal (or ou argent) qui à un moment pouvait manquer dans les caisses de l'État, n'a maintenant plus aucune justification depuis que la monnaie est totalement dématérialisée.

Nous préconisons au niveau national, soit une reprise du droit de seigneuriage  [ droit régalien d'émettre la monnaie,  éventuellement par émission d'une monnaie complémentaire ( voir ECS ) ], soit, au niveau de la zone euro:

1 - Le gouverneur de la Banque Centrale Européenne (BCE) doit pouvoir être contraint à une émission monétaire centrale (sans intérêt) par une décision majoritaire de la commission ou du conseil européen (c'est à dire les chef d'Etat), ou des députés européens des pays de la zone euro.

2 - Les critères de Maastrischt doivent être revus et spécifier:
a) que les budgets des Etats doivent être équilibrés en "fonctionnement" + "amortissements". Nul Etat de la zone euro ne peut déroger à cette régle.
b) que les Etats peuvent financer leurs équipements (budget d'investissements) par un appel à création monétaire sans intérêt de la BCE. Néanmoins pour garder une égalité de traitement entre tous les Etats de la zone euro, les émissions monétaires seront réparties égalitairement au prorata de la population de chaque Etat.

Pour justifier cette nécessité, le lecteur doit savoir que depuis 1973 la France ne crée plus de monnaie ni pour combler ses propres déficits, que ce soit en fonctionnement ( salaires et retraites des fonctionnaires, loyers, etc.) ou en investissements pour son développement (écoles, routes, ponts, aéroports, ports, hopitaux, bibliothèques, etc..) mais emprunte sur les marchés monétaire en émettant des obligations (bons du Trésor) sur lequel évidemment elle doit payer un intérêt à ceux qui souscrivent (40% du montant par des résidents, 60% par des non-résidents), ce qui a pour conséquence, comme nous l'avons vu plus haut, qu'au fil des années la dette s'alourdit d'un montant sensiblement égal au "déficit", qu'il faut couvrir par l'emprunt, c'est-à-dire par l'émission d'obligations nouvelles auprès du public et surtout des investisseurs institutionnels (assurances, banques, etc).

Le déficit public, différence entre les recettes fiscales et les dépenses publiques, inclus évidemment dans ces dernières ce recours à l'emprunt qui équivaut à un cumul des besoins en capital nouveau, mais aussi en intérêts à payer sur la dette existante.

 


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