On ne peut pas le faire, « ça coûte » trop cher
- Alors, tu les as remplacées, tes lunettes ?
- Oui.
- Montre-les-moi. Ah oui, bien. Et combien t'ont t'elles coûté ?« Coûter » ! N'est-ce pas une préoccupation pour tous ? sauf pour les plus nantis, peut-être, et encore, tout étant relatif. Car un coût s'apprécie en fonction des recettes. Si ma paire de lunettes m'a « coûté » 100 euros alors que j'en gagne 1000, c'est une grosse dépense ; si j'en gagne 10.000, c'est un achat qui passe presque inaperçu. Oh, ce ne sont pas les envies qui manquent, nous sommes nombreux à rêver de voyages exotiques, d'une belle maison, d'une voiture haut de gamme ou d'un repas fin à la table d'un grand chef. Mais nous sommes tout aussi nombreux à nous contenter du « camping des flots », d'un F3 au 4e gauche de la cité des Lilas avec vue imprenable sur l'immeuble d'en face, d'une voiture d'occasion et du menu touristique avec «fromage ou dessert»; car le rêve « coûte trop cher » et finit encore une fois à la poubelle après les résultats du loto ou du «grattage» qui ont eu pour seul avantage de nous y faire croire, ne serait-ce qu'un instant.
« Ca coûte trop cher » ! Anti « Sésame » qui tient fermées à jamais les portes de la caverne d'Ali Baba. Le trésor est là, pourtant, car ce ne sont pas les solutions qui manquent : ne saurions-nous offrir une bonne qualité de vie à nos anciens, une vie où ils se sentiraient dignes et respectés jusqu'au dernier souffle ? Sommes-nous incapables de nourrir toute la population de la terre ? Sommes-nous ignorants des équilibres nécessaires à la vie et de ce qu'il faudrait faire pour respecter notre environnement naturel ? Sommes inaptes à soigner les malades et à leur consacrer le temps, l'écoute, l'aide dont ils ont besoin à ce moment où ils se sentent fragilisés ? Ignorons-nous ce qui suscite le plaisir d'apprendre et ce qu'il conviendrait de mettre en oeuvre pour conduire chaque enfant, selon ses spécificités propres, à manifester le meilleur de lui-même ? Nous avons les techniques ; nous avons les compétences, mais « ça coûterait trop cher ! » Alors, on fait ce que l'on peut avec ce que l'on a et le carrosse de Cendrillon reste citrouille. Il y a tant de choses que l'on pourrait faire, que l'on sait faire, mais qu'on ne fait pas parce que « ça coûte trop cher ». Dès que cette phrase est dite, le rideau tombe, le spectacle est terminé et chacun reste sur sa faim. Alors pour une fois, n'en restons pas là ; refusons le dictat du rideau qui tombe et regardons ce qu'il cache. Car le spectacle, c'est notre vie, et ce fichu rideau, non seulement la rend bien difficile pour un nombre croissant d'entre nous chaque jour, mais la menace aussi, et cela, sans distinction, à une échéance qui, pour être encore imprécise, devient néanmoins de plus en plus palpable.
Lire la suite : commander "les 10 plus gros mensonges sur l'économie"
|
Deux errata dans ce chapitre
|